Première baisse des bénéfices de la compagnie low cost.
Par Libération.fr
mercredi 28 janvier 2004
Le ciel s'assombrit aussi pour la compagnie irlandaise à bas prix Ryanair. Alors que les autorités européennes à Bruxelles devraient lui demander la semaine prochaine de rembourser des millions d'euros d'aides publiques, Ryanair a averti mercredi que ses bénéfices baisseraient cette année (clôturée en mars 2004) de 10% environ, à 215 millions d'euros. Une première pour la compagnie introduite en Bourse en 1997 et longtemps première capitalisation aérienne européenne. Mercredi, la mauvaise nouvelle a entra'né une forte baisse de l'action à la Bourse de Londres. Mercredi en fin d'après-midi, le titre perdait 30,72% à 4,96 euros – contre 496,99 euros le 1er janvier 2003.
Michael O'Leary, son fondateur et directeur général, farouche partisan d'une concurrence à tout crin, a expliqué la baisse de son bénéfice par l'intensité de la pression sur les prix outre-Manche. «L'énorme croissance des capacités, notamment de la part des jeunes compagnies et des compagnies nationales, qui sont chroniquement déficitaires», a poussé Ryanair à baisser à nouveau ses tarifs, a-t-il déclaré mercredi à Londres. «Mais des billets moins chers, c'est plutôt une bonne nouvelle!», s'est-il ensuite exclamé.
Comme British Airways, Ryanair va continuer de contrôler ses coûts au plus
près: la compagnie veut par exemple réduire ses capacités dans les aéroports estimés trop chers, étaler le calendrier de livraison des commandes de Boeing et geler les salaires pour 2004. «La croissance de Ryanair va se poursuivre de manière continue, avec une marge moindre» a pronostiqué Michael O'Leary qui continue de tabler sur une croissance supérieure à 20% dans les prochaines années.
Autre mauvaise nouvelle pour Ryanair, la Commission européenne devrait, à en croire les fuites apparues mardi, juger illégales les aides publiques versées par la région wallonne à Ryanair pour qu'elle desserve l'aéroport de Charleroi. Bruxelles reproche notamment les réductions de taxe d'atterrissage accordées à Ryanair et pourrait pénaliser la compagnie de 3 à 10 millions d'euros. En appliquant la même sanction à d'autres aéroports secondaires desservis par Ryanair, la note pourrait se situer entre 50 et 100 millions d'euros. Parmi les compagnies à bas prix, Ryanair est celle dont le modèle de développement dépend le plus des subventions accordées par les aéroports. «On dirait qu'ils (Bruxelles ndlr) veulent imposer des règlements communistes: tout le monde paye les mêmes prix élevés qu'avec les compagnies nationales», s'est insurgé Michael O'Leary pour qui la Commission, qui se prononcera la semaine prochaine, a cédé à l'influence d'Air France, de British Airways et de Lufthansa.
Bruxelles fait casquer Ryanair La compagnie low cost devra rembourser les aides perçues à Charleroi.
Par Cédric MATHIOT
mercredi 28 janvier 2004 Liberation.fr
La direction de Ryanair, si prompte à moquer ses concurrents et à mettre en avant ses insolents succès, avait rarement pris la parole pour concéder une défaite. Hier, la compagnie a annoncé qu'elle s'attendait à se voir demander par la Commission européenne le remboursement de plusieurs millions d'euros reçus des collectivités publiques belges lors de l'installation de la compagnie à l'aéroport de Charleroi, en 1997.
Ryanair avait obtenu de nombreux avantages : logements des personnels, ristournes diverses, contribution aux dépenses de marketing, occasionnant la plainte d'aéroports concurrents au titre de la violation des règles de la concurrence. «Il y a des parties de l'arrangement qui vont devoir être remboursées. Cela va se chiffrer en millions d'euros», a déclaré hier Jim Callaghan, directeur des affaires réglementaires de Ryanair, devançant l'annonce de la Commission, le 3 février.
Jusqu'à
présent, les bruits de couloir faisaient état d'une décision ne remettant en cause qu'une partie des subsides perçus. Ryanair a aussi confirmé hier que la Commission
préparait une réglementation sur «la manière dont les aéroports peuvent aider les compagnies qui les desservent».
De quoi donner des suées à Michael O'Leary, patron de la compagnie. Depuis des années, la success story de Ryanair _ et sa plantureuse rentabilité _ s'explique, entre autres ingrédients, par une stratégie agressive consistant à faire payer les aéroports souhaitant bénéficier d'une desserte. Les collectivités, le plus souvent ravies du trafic généré, n'avaient rien trouvé à y redire. Certains concurrents de Ryanair, si. En France, la compagnie à bas prix, assignée par une filiale d'Air France, a quitté l'an passé avec fracas l'aéroport de Strasbourg après que la justice eut jugé illégitimes les aides publiques des collectivités alsaciennes (1,4 million d'euros par an).
Hier, la compagnie _ qui fera appel auprès de la Cour européenne de justice _ a menacé de quitter Charleroi. «Nous ne pourrons pas accepter de gérer notre activité à des coûts gonflés par une décision de la Commission.» Ryanair peut compter sur le soutien de la jeune Association européenne des compagnies à bas tarifs, dont elle est le membre le plus important. Quand à d'autres compagnies «low cost», elles font ce que Ryanair aurait fait : elles tapent sur le concurrent en difficulté. La belge Virgin Express a fait peindre sur ses avions la mention no subsidies («pas de subventions»).